mercredi 25 juillet 2012

Erik le Viking de Terry Jones

Vos parents ne vous ont jamais lu de saga avant de dormir ? Eh bien ils avaient tort. On ne sait pas le potentiel de merveilleux qui s'y trouve. Oui je le concède, la narration est austère, mais il suffit de mettre la plume dans des mains compétentes. C'est pas Snorri qui vous dira le contraire.
Outre cette blague douteuse de scandinaviste, je vous présente ici un roman jeunesse du célèbre membre des Monty Pythons. Publié outre-Manche en 1983, il n'a pas pris une ride, il est empli d'imagination et non dénué d'aventures ! Si le viking barbu ne vous fait pas peur, pas plus que les quêtes impossibles ou les monstres gigantesques, embarquez donc !

Erik est un homme comme les autres. Leader incontesté de son équipage, il mène les hommes du Dragon Doré d'un main ferme. Ils sont prêts à le suivre à peu près n'importe où. C'est ce qu'ils font dès la troisième page du roman lorsqu'il décide sur un coup de tête de partir à la recherche du pays où le soleil se couche le soir venu. Une quête bien absurde me direz vous, lancée sans aucune raison. Oui mais on s'en fiche, on n'est pas là pour réfléchir, ce sont des vikings, ils ont besoin de se faire la main sur quelque chose, partir à la recherche d'un trésor perdu, d'un pays merveilleux, pour avoir quelque chose à raconter à leurs enfants.
C'est ainsi que la troupe met les voiles sur la grande mer. L'action est concise, chaque chapitre est une petite histoire en soi dans laquelle Erik et ses hommes (qui répondent aux doux noms de Ragnar Barbe-Fourchue, Thorkhild, Sven le Fort ou Ulf Sigfusson...) affrontent monstres, magiciens, catastrophes naturelles ou, plus rarement, découvrent les merveilles du monde qui les entoure et apprennent des sagesses profondes. Les rencontres seront nombreuses et chacune a valeur d'apprentissage. C'est là tout l'intérêt de l'aventure. Et non le but, comme on le sait bien.

Le style saga a donc été respecté, généalogie sur cinq génération exceptée. On ne donne pas au lecteur le temps de trop réfléchir, les choses sont telles qu'on nous les présente et pas plus. La solution se trouvant souvent à la pointe des épées, sur le tranchant des haches, difficile de demander de la subtilité ou une pointe de réflexion. Je ne sais pas si c'est pour être lu à des enfants ou bien une erreur de traduction, mais j'ai été conquis par le style brut de l'écriture, qui fait passer l'absurde des situations comme une lettre à la poste.

Ajoutez à ça une superbe mise en images de Boulet, et vous en aurez pour votre argent. L'humour décalé des illustrations répare le manque émotionnel évident de l'histoire, qui ne se contente que de décrire les actions des personnages et les dialogues. Les descriptions du paysage s'en tiennent au strict minimum. On se contente parfois d'un "C'est en effet un beau pays. Voyez comme l'herbe est verte." qui en soi n'est pas gênant, puisque le besoin de repères géographiques est inutile. Mais du reste c'est bon d'avoir une petite image sur laquelle se raccrocher.

J'aurais tendance à dire que mon avis est partagé, en raison surtout de la narration, mais c'est tellement inhabituel de lire ce genre de récit que je ne peux que recommander, surtout à ceux qui auraient la folle envie de tenter les vraies sagas, bien plus ardues à lire. Ou bien ceux qui cherchent un livre sympa dont la durée de vie ne dépasse pas deux jours et qui ne remet pas en cause votre style de pensée. Juste un livre qui raconte une aventure de bons et vertueux guerriers en quête d'une obscure mais sûrement vertueuse cause.

Quant à ceux qui auraient envie de le lire pour se remettre dans le bain du film, sachez que l'atmosphère ou même l'aventure n'y ressemble pas trop. Difficile de dire si le film vaut la peine, mais les ressemblances sont minimes.

Et souvenez-vous : les casques à cornes, ça n'existe pas !