mardi 6 décembre 2011

The Immortals de Tarsem Singh

Et voici la nouvelle session péplum ! Comme il est admis depuis quelques temps le genre est de retour dans les salles. On pourra aisément le mettre dans la même boîte que les adaptations de comics, les adaptations de récits de légende (Beowulf, 300), bref, l'épique fait recette, on l'a tout aussi bien vu avec la fantasy qui refait surface, sur le grand comme le petit écran (Blanche-Neige, Grimm, Once Upon a Time, Game of Thrones). Thésée, héros aux multiples exploits a eu droit à sa réinterprétation. Plutôt osée, visuelle, mais qui a su conquérir le fin public que je suis.

Parlons histoire : Thésée est un jeune homme qui ne demande pas grand chose au monde, tant il vit tranquillement dans son village sur la falaise. Dans la mythologie, il est un tiers de Dieu puisque sa mère aurait reçu la semence d'Egée roi d'Athènes puis celle de Poséidon. Thésée reconnaît ses attributs royaux car son père avait laissé sous un rocher une paire de sandales dorées et une épée. Le jeune garçon, que tous les talents inondent, parvient donc très tôt à soulever la pierre et découvre ce qu'elle cache. Il s'en va alors pour le royaume de son père, où il unifiera les royaumes côtiers et fondera la véritable Athènes qu'on connaît aujourd'hui (ceci est une métaphore).
Thésée est principalement connu pour avoir tué le minotaure du roi Minos dans le labyrinthe de Dédale sur l'île de Crète. Il obtient pour cela l'aide d'Ariane et de son fil magique. Mais il en a tué bien d'autre pour être renommé "fondateur d'Athènes".

Alors tout ça c'est bien joli, mais le mythe de Thésée n'est que peu respecté dans le film. Incarné par Henry Cavill, il est le fils d'une paysanne qu'on traite de putain à tout va ; il reçoit son éducation morale comme physique d'un vieil homme, ami de la famille (John Hurt) et participe comme il peut à la vie du village, bien qu'il désire un peu plus d'action dans sa vie. Le sage lui demandera alors pour quoi et pour qui il veut se battre. Sur quoi le jeune loup répond à côté, c'est bien connu.


Non loin de là, Hypérion (Mickey Rourke), normalement Dieu du Soleil mais ici reconvertit en roi de Crète, a décidé d'envahir la Grèce pour s'en prendre aux dieux qui ne répondent plus aux appels des hommes. On retrouve là le même éternel problème de ces humains qui veulent prendre la place des dieux, du fait de croyances figées qui s'oublient avec le temps. L'armée du roi de Crète avance implacablement, laissant derrière elle désolation et mort. Elle parvient bien vite au temple des Sibylles ou l'une des jeunes femmes, l'oracle vierge, est supposée connaître la position de l'arc d'Epirus, un artefact puissant aux origines douteuses qui permettra au tyran d'atteindre son but. Sa venue est annoncée et le village de Thésée est évacué. Mais les indigents et les rebuts sont laissés sur place pour un second voyage le lendemain. C'est justement à ce moment qu'arrive Hypérion et sa soif de sang. Le jeune homme aura beau se démener il finira par finir dans les filets du tyran.
Pas de surprise ici non plus, c'est Thésée qui s'emparera de l'arc. Une fois l'oracle rencontré ce n'est qu'une question de jours avant de retrouver son emplacement. Rien de plus facile, il suffit de se débarrasser de "la Bête" dans le labyrinthe, un géant au casque à corne envoyé par Hypérion pour tuer Thésée. Ce dernier, aidé d'une petite équipée comprenant Phèdre, la fameuse oracle (Freida Pinto), va se rendre ensuite au mont Tartare et dans la ville grecque qui le protège pour aider la faible armée à contrer l'armée monstrueuse qui leur arrive dessus.

Car, rappelons-le, le film s'appelle "les Immortels" et non "Thésée". Or donc les héros de l'histoire, ce sont un peu les Dieux de l'Olympe, qui ont juré de ne jamais interférer avec les affaires mortelles à moins que les Titans soient libérés (les gens perdus peuvent aller lire ce qu'on dit sur la Titanomachie, dont le film s'inspire grandement). Manque de pot, c'est exactement ce qu'est venu faire Hypérion. Bon je ne vais pas vous dire s'il réussi ou non. Juste un indice : on a droit à une scène de bataille fulgurante, qui ponctue avec justesse ce film. On est loin de l'escalade de violence, mais ça reste une scène impressionnante. La fin du film n'est pas loin, c'est la bataille qu'on attend avec frustration depuis le début.
Ici les dieux sont en petit nombre mais jouent un rôle de super-héros (avec un belle brochette de jeunes acteurs dont Luke Evans, qui monte en grade en passant d'un simple Apollon figurant à un Zeus jeune et siliconé), sauveurs de l'humanité face à une grande menace. Mais aussi êtres désireux de faire le bien, malgré les nombreuses limites qu'ils se sont eux-même fixées.


Tourné intégralement en studio (à Montréal), le film est une vraie oeuvre d'art contemporaine, pourrait-on dire. Autant dans les constructions humaines que les décors façonnés par la nature, tout n'est que lignes droites, verticales ou horizontales. Le village est dans un creux au bord d'un falaise, la ville se cache derrière un mur géant. Tout n'est que falaises et plaines arides. Même la mer est d'huile. Nos personnages y évoluent avec grâce et lenteur, les choses se passent sans heurt ni hésitations, si bien que je n'ai pas trop vu le temps passer. À ça on ajoute la musique de Trevor Morris, que je n'arrive pas encore à cerner, et c'est encore mieux. C'est épique mais c'est aussi oriental, langoureux, calme, à l'image des plaines sans fin.

Un dernier mot sur les graphismes quand même, dignes de Zack Snyder avec moins de sang mais tout aussi impressionnants. Le réalisateur le dit lui-même, mais un connaisseur modéré pourra voir dès la bande-annonce, que la photographie du film est digne des grandes fresques de la Renaissance. C'est vrai, aussi bien dans les décors que les costumes ou les scènes de combat. Tout est soigné au millimètre et même la 3D n'arrive pas à rendre l'image floue. Le quota "acteur torse nu" est largement dépassé mais comme ça rentre dans une démarche artistique ça ne gêne pas du tout.


Bref, vous l'aurez compris, ce film n'a aucune défaut du point de vue graphique, à moins de ne pas accrocher au style, ce qui n'était pas mon cas. La 3D n'est pas forcément utile mais apporte une certaine immersion dans le film. Du point de vue du fond, c'est une autre histoire. Le péplum a peu de buts philosophiques sinon des plus classiques, tels que l'honneur, le courage et la loyauté. Et si on recherche un peu d'originalité, il faudra plutôt s'intéresser au destin de la jeune Phèdre et son désir de vivre une vie normale, plutôt que Thésée qui finalement n'a d'yeux que pour la bataille et la revanche du meurtre de sa mère.

En tout cas j'ai passé une bonne séance, c'est un film à voir si vous êtes amateurs de curiosités graphiques et d'hommes en jupe dorée.

2 note(s) de service:

shaya a dit…

Mmmh, j'avais bien envie de le voir, du coup tu me confirmes et tu m'infirmes à la fois dans mon envie, on va le caser dans les films "à voir éventuellement", tiens XD

Calenwen a dit…

Et bah pour une fois j'ai pas envie de voir un film dont tu parles, youpi tralala :D