
Voilà un film qui a failli être oublié, vu le peu d'écho que j'en avais reçu. Et à moins d'avoir été dans le palais des festivals de Cannes et d'avoir assisté à la belle scène de fête à la marocaine tout en musique et costumes traditionnels, vous n'attendiez pas non plus ce film avec impatience (ou alors vous vous tenez au courant de l'actu ciné, chose qui serait bien louable) C'est donc avec mon flegme du cru 2011 que je suis allé voir un film bien mystérieux, juste pour actualiser ma liste cannoise (finalement la culture ça tient à peu de choses). Petite incursion dans la révolte moderne du monde arabe.
Le lieu n'est pas donné, mais nous sommes quelque part dans le Maghreb, au Maroc très certainement, au fond d'une petite vallée asséchée sûrement pas très loin du désert. Le temps non plus n'est pas donné, mais la ville et son électricité n'étant pas loin, on peut se permettre de supposer que ça se passe aujourd'hui. Mais dans cette vallée se trouve un village où la vie suit son cours comme si rien de tout ça n'avait changé. Les journées sont rythmées par les vas-et-viens des femmes qui vont chercher l'eau à la source, les hommes qui fument, l'imam qui prie ou encore les bruits et odeurs de cuisine aux repas ou ceux, plus rares, des disputes. Une vie comme une autre, il faut avouer. On aura bien compris que le village n'est pas très riche, et bien qu'une demande de modernisation du système électrique et hydraulique ait été faite, les choses n'avancent pas. Face à ça, la situation s'embourbe et plus personne de dit ni ne fait rien.

Sauf que Leila (Leïla Bekhti) notre héroïne, qui a épousé un homme du village mais a vécu dans la ville, ne voit pas du même oeil cette affaire. Alors qu'on célèbre la naissance d'un nouveau né, une autre femme perd son enfant dans une chute en allant chercher l'eau. La jeune femme a l'esprit de révolution, une très forte envie de changement. Elle va invectiver les femmes du village à se révolter contre les hommes, prétextant une tradition séculaire pour continuer à ne pas aller aider les femmes. Une attitude de domination admise par toutes. Et dans un cas comme celui-ci, difficile de faire bouger les esprits. Elle va obtenir alors l'aide de Vieux Fusil (Biyouna), une femme d'un autre âge, qui a l'expérience de la vie, des hommes, et a su se débrouiller malgré bien des difficultés.
Petit à petit les femmes vont se souder entre elles et soutenir le mouvement lancé par Leïla. Celui-ci est tout simple, une grève de l'amour. Point essentiel, Leïla aura le soutien de son mari, instituteur du village et donc homme instruit et aux idées ouvertes. Dans un autre cas la jeune femme serait repartie avec un bleu sur la figure.
Ce qui arrive malheureusement à certaines, car dans un monde comme celui-ci, difficile de faire changer les moeurs.

Oeuvre féministe, oui, on pourrait dire ça. Oeuvre féminine, assurément. Plein de ruses, de chants et de combats par les mots et les symboles, les femmes du village se battent de tout leur coeur pour améliorer leur quotidien. Alors que le village est en crise, elles tiennent le coup, malgré de nombreux détracteurs et de nombreuses manigances... masculines pour les faire échouer. L'amour, bien qu'en grève, est omniprésent, que ce soit celui d'une jeune femme passionnée par sa correspondance écrite, que ce soit celui pour la culture à travers une redécouverte de la richesse du monde arabe ; à travers aussi l'amour de la religion, et ce message encore aujourd'hui d'actualité de dénonciation des extrémismes. Voilà bien un film qui parlera à tous, car c'est une cause juste en tous points.
Alors que l'hiver s'installe, voilà un film qui réchauffe les coeurs, par son message et son atmosphère festive. Et puis c'est une belle occasion d'écouter un peu de langue arabe, c'est si rare dans le cinéma français.

3 note(s) de service:
Je voulais aller le voir celui-là, faut vraiment que je me trouve un soir pour y aller...
Vert si tu veux on peut y aller ensemble. Encore une fois Ely m'a donné envie d'aller voir un film qui ne me tentait pas à la base. Il est énervant ce garçon...
Faut qu'on prenne rendez-vous la semaine prochaine alors ^^ (mais pas lundi, j'ai piscine :P)
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