
Il m’est tombé un peu inopinément sur la figure celui-là. Alors que je partais innocemment voir un sombre film avec des prostituées éthérées, voilà que la bande-annonce m'apparaît, présenté comme le film événement aux usa. C’est le coup de coeur avant même le visionnage. Alors voilà, la semaine dernière, je me suis trouvé un petit créneau pour regarder ça.
Eh oui, il faut bien faire quelques écarts cinématographiques, y’a pas que Cannes dans la vie. Et il y a de très bons films à côté. Je dois dire qu’on est assez gâtés en cette fin d’année. Basé sur le roman éponyme de Kathryn Stockett, nous suivons l'aventure de ces femmes qui ont révolutionné la traite des noirs une fois de plus. La ségrégation dans tout ses états.
Son titre original est "The Help", qu’on pourrait traduire par "Les Bonnes" (entendez domestiques). En France on a opté pour un titre poétique, c’est pas plus mal.
Nous sommes au début des années 60, ce cher président Kennedy n'est pas loin d'être élu. Dans la ville de Jackson, Missouri, c’est la vie américaine par excellence, les belles familles nombreuses, les jardins entretenus et les domestiques de couleur. La période "champs de canne à sucre" est à présent terminée, mais la vision des gens de couleur ne s'est pas franchement améliorée. On leur donne accès à des situations, à des emplois un -tout petit- peu plus corrects, mais au prix d'un dénigrement qui reste entier. Voir même l'effacement complet. Chose qui choque à chaque fois : on ne s'adresse au domestique que pour les tache pour lesquelles il est payé, pour ce qui a directement trait à lui (ou elle). Autrement, qu'il soit dans la pièce ou non, c'est du pareil au même, il est ignoré. Je devrait dire 'elle' puisque ce sont évidemment des femmes la plupart du temps. Telles des gouvernantes fantômes elles font régner l'ordre dans la maison, font le ménage, la cuisine, recousent les vêtements et s'occupent des enfants en bas-âge.

C'est ainsi qu'on découvre notre héroïne, Aibileen (Viola Davis), qui travaille chez les Leefolt. On note tout de suite que cette mère de famille n'est pas du tout apte à élever des enfants. C'est Aibileen qui s'occupe de tout, au point que la fille dont elle s'occupe s'attache plus à elle qu'à sa mère.
Une société bien superficielle, qui fonctionne à coup de bienséances, de soirées mondaines et de jeu de bridge entre amies. Un communauté dirigée d'une main de fer par la talentueuse et surtout affreuse Hilly Holbrook (Bryce Dallas Howard). Un peste sous toutes les coutures, qui fait tourner son petit monde à la baguette, sa mère y comprit, rendant la vie des domestiques du quartier assez infernale. Elle a sous son toit une certaine Minnie Jackson (Octavia Spencer), la faiseuse de tarte la plus talentueuse de toute la ville, véritable phénomène culinaire, mais grande gueule au possible. De quoi rendre les batailles hautes en couleurs.
Il y aurait encore bien des personnages à présenter car tous ont leur petite histoire et contribue à l'avancée de l'intrigue et à la mise en place du contexte de l'époque. Mais je vais me contenter de terminer sur notre petite dernière, celle qui tient le rôle de vilain petit canard. Eugenia Phelan (Emma Stone), aussi appelée Skeeter, la jeune femme qui n'est toujours pas mariée car elle pense d'abord à sa carrière de journaliste. Et ce au grand dam de sa mère qui se désole de ne pas encore avoir de petits-enfants. Même fragilisée par son cancer elle pousse sa fille dans les bras de tous les hommes qui passent. Skeeter rentre donc chez elle après avoir passé son diplôme. Elle parvient à se faire embaucher dans le journal de Jackson et ne pense pas un instant qu'elle sera le centre d'une bataille politique et éthique. À son arrivée à la maison elle se rend compte que Constantine, celle qui était là depuis sa naissance, au service de sa famille depuis si longtemps, étaient partie, et que personne ne voulait lui dire pourquoi.

Alors que toutes ses amies ont fondé une famille et vivent aisément, Skeeter a donc choisi la voie de la carrière. Et au journal elle obtient un poste à la rubrique "Aide ménagère". Il semble donc tout à fait logique au spectateur que nous sommes de voir la jeune femme demander à l'une de ses amies si elle peut lui "prêter" sa bonne pour quelques heures histoire de l'aider pour son boulot. C'est bien sûr Aibileen qui est choisie.
De là naîtra le déclic de faire plus pour la situation des domestiques noirs au services des blancs. Car Skeeter ne pourra pas faire ses chroniques bien longtemps. Observée par Hilly qui voit cette fréquentation d'un mauvais oeil et, soyons franc, par l'ensemble de la communauté blanche, elle n'aura pas la tâche facile.

Cette envie d'écrire les souvenirs des domestiques et leur mauvais traitements est principalement motivé par l'envie de Skeeter de monter en grade dans sa carrière. Elle a l'opportunité, si elle prouve ses compétences, de se voir embauchée dans une maison d'édition new-yorkaise. C'est donc avec d'autant plus d'ambition qu'elle saute sur l'occasion, bravant le risque en dépit de l'insécurité de l'entreprise.
C'est un film qui prône des valeurs d'égalité et de fraternité, aussi difficiles fussent-elles à admettre. Cette époque est bien dure à vivre pour la communauté noire, on en a un tout petit aspect avec ce film. Car au delà de caprices de femmes au foyer, c'est une affaire de maltraitance à proprement parler. Le Klu Klux Klan n'est jamais loin, on en a un petit avant-goût, et cette haine maladive, incarnée par Hilly, est à vomir.
C'est aussi un film plein d'émotions. Traitant l'histoire du point de vue de Skeeter et Aibileen ; le portrait dressé de ces deux personnages est très émouvant, l'une étant une femme encore un peu enfant à l'esprit ouvert et aux idées folles, l'autre une femme qui est passé par le chagrin et qui n'a plus vraiment la force de se battre. Grâce à l'esprit entreprenant de Skeeter et l'aide non dénuée d'humour de Minnie (une vraie perle de femme), elle réussiront à faire chambouler la ville de Jackson et pas qu'un peu.

Cette adaptation rentre dans la vague retro américaine qu'on observe surtout avec les séries tv. De nombreux programmes redécouvrent cette période faste des Etats-Unis. Voilà un contrepoids à la fois amusant et émouvant de l'histoire de son peuple. Car tout n'est pas rose dans ce monde. Oui, je suis moi-même passé du rire au larmes avec un peu trop de facilité, mais que dire... On a la chance de vivre dans un monde (un pays oserai-je dire) où il est possible d'avoir l'esprit ouvert, c'est un devoir de se rappeler qu'à certaines époques il n'en était pas de même, et c'est un devoir de penser à ceux qui ont fait bouger les choses.
En cette fin d'année qui se surpasse en bons films, je ne peux qu'ajouter ce long-métrage à votre liste de films à voir !
4 note(s) de service:
T'es chiant, j'ai envie de le voir maintenant :P
Ely, j'te hais, je te l'ai déjà dit ?
Vert, je propose qu'on forme le club des forcées d'aller au ciné à cause d'Ely ... On est déjà au moins 2.
Je vais demander à Marmotte de nous faire un logo si tu veux xD
Tu en parles très bien ! Et les filles, il vaut vraiment le coup, pour l'avoir vu avant le billet d'Ely !
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