
Si ce billet a reçu l'étiquette fantasy, c'est bien par pur forme (et parce que c'est écrit sur la 4e du couverture). Amateurs de dragons, fées et autres quêtes merveilleuses pour sauver la princesse Zelda, passez votre chemin. Ici on aime le cuir qui pue, l'épée qui goutte du sang de l'ennemi, le crissement des armes dans leur fourreau et le langage châtié des guerriers. Foutredieu, ai-je lu dès les premières pages. Et alors j'ai su que j'aimerai ce roman. Ayant commencé dans un élan de folie à étudier l'ancien français, c'était là une occasion inattendue de le voir reparaître dans un livre moderne. Figurez-vous que dans ce livre oui et non sont à la première personne du singulier, qu'il y a du cruor à toutes les sauces. Mais le glossaire à la fin du roman saura bien expliquer ces curiosités médiévales.
Une lecture automnale du Cercle d'Atuan, parce qu'il faut aussi savoir se faire plaisir avant les fêtes.
Une lecture automnale du Cercle d'Atuan, parce qu'il faut aussi savoir se faire plaisir avant les fêtes.
Chien du Heaume, c'est son nom. En tout cas c'est le nom qui lui va le mieux. Ce sont les norrois qui l'ont affublée de la sorte. Sous une cotte souvent sale se trouve une femme, la vingtaine passée, le museau sombre pour une raison obscure. Chien n'est pas belle. C'est une femme bien musclée, une guerrière dans les règles de l'art. Elle parcourt les routes à la recherche de son véritable nom. Et de tout son passé, puisqu'elle ne se rappelle de rien de ce qui précède le jour où elle a quitté son foyer pour partir avec son père sur la route. Armée seulement d'une hache qu'elle manie à la perfection (et qui selon moi ressemblerait plus à ça selon les descriptions), elle nous emmène en voyage alors qu'elle est en train de découper un cerf pour en récupérer la peau. Oui, c'est une mercenaire, un personnage renfermé, le parfait sujet de roman.
Elle rencontre un jour Bruec, le chevalier Sanglier, qui possède avec lui une hache bien singulière, car elle semble être fabriquée de la même main que celle de Chien. Celui-ci accepte de lui parler du forgeron à condition qu'elle lui rende un petit service.
Et voilà comment le lecteur se lance dans l'aventure avec Chien. Et je ne vous parle même pas du prologue qui est une vraie surprise. Entre l'amusement et l'horreur mon coeur balance encore. Car il faut dire que notre héroïne s'y connaît en scènes crues. Elle a souvent les doigts dans le ventre d'un animal et n'hésite pas à trancher des têtes avec violence. Ou d'autres parties du corps. Les hommes ont bien tort de la sous-estimer.
Ainsi, à la manière d'un policier médiéval on suit les pérégrinations de la jeune femme dans ce pays qui n'a pas de nom ni d'époque. Nous sommes en un temps où l'honneur se prouve par les armes et la technique, où les femmes de cour sont perfides et complotent depuis leur chambre. La quête bien singulière de Chien prend souvent des virages originaux mais jamais n'ennuie le lecteur. On baigne dans une atmosphère merveilleuse et pourtant il n'y aucun indice du merveilleux, simplement la beauté et la précision des description et l'imagination des personnages. Entre tradition et religion il y a de quoi faire.
Ainsi, à la manière d'un policier médiéval on suit les pérégrinations de la jeune femme dans ce pays qui n'a pas de nom ni d'époque. Nous sommes en un temps où l'honneur se prouve par les armes et la technique, où les femmes de cour sont perfides et complotent depuis leur chambre. La quête bien singulière de Chien prend souvent des virages originaux mais jamais n'ennuie le lecteur. On baigne dans une atmosphère merveilleuse et pourtant il n'y aucun indice du merveilleux, simplement la beauté et la précision des description et l'imagination des personnages. Entre tradition et religion il y a de quoi faire.
Pour revenir sur l'ancien français, ne prenez pas peur : le livre est 100% lisible et écrit en français moderne. On y trouve quand même quelques exceptions et expressions aux sonorités archaïques. De même la syntaxe est un peu vieillie, les phrases sont tournées dans un sens qui n'est pas habituel à notre façon d'aujourd'hui. De quoi rajouter encore un soupçon d'authenticité à l'ouvrage. C'est ce qui m'a le plus marqué à la lecture. Et c'est particulièrement visible sur les dialogues, tandis que les descriptions sont plus fluide. Là le narrateur reprend ses droits et parle avec la langue de la poésie.
Tous les codes des histoires anciennes, pour ce que j'en sais, sont respectés. À la façon d'un barde dans une grande halle, le narrateur nous emmène voyager avec Chien à grand renfort de métaphores et de comparaisons. On oublie souvent à quel point la langue française est riche en possibilité. Le roman ne se distingue pas par un vocabulaire particulièrement élaboré, mais il reste spécialisé (on trouve souvent des mots médiévaux pas ou peu utilisés aujourd'hui). La narration est fluide et agréable, on s'installe confortablement dans le paysage sans aucune difficulté pour comprendre ce qui se passe.
Chez les personnages, chacun a sa particularité, son don pour telle ou telle chose. Chacun est utile, dans le bien ou le mal. Chien ne cherche que son nom, mais beaucoup sont prêts à lui barrer le chemin pour le simple plaisir de voir comment elle va réagir. Et puis à côté il y a ceux qui s'attachent à elle par respect pour ses faits d'arme ou tout simplement parce qu'ils l'apprécient. À tel point que je me suis très vite attaché à mon tour à tous les personnages de l'entourage de Chien. Le fait de connaître leur histoire passée au cours du roman renforce cet attachement. On rentre dans l'intimité profonde des gens très facilement. Aussi les émotions ressenties sont encore plus forte à chaque changement de situation. On a peur, on est triste, on jubile, on rit...
En deux cents pages j'ai pu traverser une contrée bien étrange. Un Moyen-Âge rustre avec ses habitants méfiants et aimant la ripaille et la vinasse. Si vous ne l'avez pas déjà lu, il serait grand temps, sinon je vais bien devoir vous trancher la tête. Sur mon honneur je vous le promet.
Les avis du Cercle :
4 note(s) de service:
Une très bonne lecture ! Le mot de l'auteur est aussi très sympa, et drôle.
Ce qui me laisse le plus vif souvenir, c'est le moment avec l'ours...
Ce bouquin m'échappe à chaque fois : je l'offre à plein de gens mais jamais l'occasion de le lire pour moi ! :-D
Adoré aussi ^^ Guillaume, demande à ce qu'on te l'offre alors :p
Chouette billet et un plaisir de faire une lecture commune avec toi via le Cercle d'Atuan.
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