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Le Manuel illustré d'éducation pour jeunes filles
Le Manuel illustré d'éducation pour jeunes filles
En ce mois de Septembre, taxes comprises, j'ai enfin pu accéder à la plus haute distinction du Cercle d'Atuan, avoir mon livre comme lecture commune. Bon, la victoire était bien peu chère payée, mais c'est toujours ça de pris. Les sentiers de la gloire m'ouvrent leur porte.
Pour cette rentrée je me suis donc plongé dans ce roman de science-fiction qui mérite bien des étiquettes, dont celles de cyberpunk, historique, de formation ou encore conte moderne. C'est assurément un petit pavé remplit de bien des détails. Et si je vous dit prix Hugo 96, ça doit forcément être intéressant, non ? Stephenson étant connu pour ses univers assez développés, ainsi que ses idées plutôt bien ancrées dans le présent, on en aura vu de toutes les couleurs. Voilà un petit avant goût de la chose.
Nous sommes, aussi étonnant que ça paraisse, au 21e siècle. L'âge de diamant, autrement dit l'arrivée de la nanotechnologie dans notre quotidien, est là, autour de nous, et façonne le monde d'une toute autre manière. Moi je ne le reconnaîtrait pas. Presque tout est créé à partir de matri-compilateurs (ou MC), les guerres ne se voient plus, et la société est arrangée en tribus ou phyles, dépendant de la religion, la hiérarchie sociale ou bien de convictions politiques ou technologiques. Notre histoire se passe à Atlantis/Shanghai, en Chine donc, et suit les péripéties de nombreux personnages qui ne se croisent pas toujours mais suivent tous la même trame narrative vers un même but. But que le lecteur ne découvrira que bien tard. Mais comme dit ce fameux proverbe, ce n'est pas l'objectif qui est important mais le chemin parcourut pour l'atteindre.
John Percival Hackworth est un Atlantéen appartenant au phyle des Néo-Victoriens. Il a juré fidélité à la reine Victoria après s'être marié à l'une de ses membres, et travaille en tant qu'ingénieur. C'est même l'un des meilleurs de sa génération. John est en avance sur son temps et va tente de le prouver au monde. Après une rencontre avec l'un des aristocrates les plus éminents, et accessoirement son PDG, Lord Alexander Finkle-McGraw, qui lui donne pour mission de créer de quoi rendre la vie des enfants intéressante (vaste programme), il se consacre à la création d'un manuel. C'est un véritable bijou de technologie, le joyau de cet âge. Qui attirera bien des convoitises évidemment, et en premier lieu la sienne propre. Grâce à un savant système de copie de fichier il parvient à dupliquer le manuel pour sa fille.
Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu. D'une part il avait reçu l'aide d'un scientifique véreux du nom de Dr. X dont les intentions n'allaient pas dans le même sens ; d'une autre il se fait tabasser et voler alors qu'il tente de rentrer chez lui. Si l'aventure du manuel ne se termine pas, un exemplaire est parti dans la nature. Mais pas n'importe où. Il atterrit dans les mains de Nell, une petite fille de quatre ans à peine, vivant avec son frère, sa mère et ses nombreux amants, plus affreux les uns que les autres, dans les Territoires Concédés, une sorte de zone neutre. Grâce au manuel elle va apprendre à se défendre, à bien parler et bien se tenir en toute circonstances. Et surtout à appréhender le monde qui l'entoure avec tous les outils en mains. Un rêve de pédagogie.
Bien nombreux sont les personnages qui gravitent autour d'eux. Par exemple Miranda, jeune actrice (ou ractrice) qui va se retrouver à faire la voix du manuel et doucement s'attacher virtuellement à Nell ; le juge Fang, fervent défenseur de la justice confucéenne dans la République intérieure de Chine ; et d'autres qui ne font que de brèves apparitions. J'aurais tendance à appeler ce roman un livre-monde tant les univers décrits sont détaillés et précis. On ne s'éloigne que très peu de Shanghai et on finit donc par se créer une carte approximative des espaces visités. La vie y règne et nos personnages y évoluent.
Il s'agit en réalité d'un véritable puzzle. Tandis que Nell poursuit son apprentissage, chacun tente de la localiser, les clans se forment, les idéaux se précisent. La complexité y gagne car chaque personnage a ses convictions sur l'avenir de la technologie, que ce soit une affaire socio-religieuse ou empirique. De là découlent bon nombre d'histoires parallèles, principalement celles des filles recevant un manuel en même temps que Nell, Elizabeth petite-fille de Finkle-McGraw et Fiona fille de Hackworth. Et rien qu'avec cette expérience on voit à quel point la vie et son apprentissage ne sont pas aisés. Car aucune des trois filles n'aura un parcours semblable, même si elles ont le même manuel entre les mains. Et que donc, à priori, elles reçoivent le même enseignement.
Bien que quelques ellipses de plusieurs années bariolent le roman, l'histoire reste à portée humaine, et j'ai pris grand plaisir à suivre la vie de Shanghai à travers l'éducation de Nell.
Bien que quelques ellipses de plusieurs années bariolent le roman, l'histoire reste à portée humaine, et j'ai pris grand plaisir à suivre la vie de Shanghai à travers l'éducation de Nell.
Il me faut aussi lui créer un paragraphe dédié, à ce fameux manuel. Inspiré par les contes de Grimm, Stephenson inclut un roman dans son roman. On appréhende la vie de Nell à travers un conte, qui dure toute sa vie, et qui met en scène des amis imaginaires qui lui prodiguent conseils et connaissances au moment opportun. C'est un monument de pédagogie que j'applaudis des deux mains. Si seulement ça existait on serait moins perdus dans ce monde fou. Ainsi Nell, rendue active dans l'histoire par son rôle principal (de princesse), reçoit son éducation à travers des histoires. Tout ce que je regrette c'est de ne pas avoir eu encore plus d'extraits.
À ce propos, je renvoie les intéressés et curieux à un super bouquin de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, qui explique de quelle manière les enfants font l'analogie (inconsciemment) entre les histoires des contes et le vie réelle.
À ce propos, je renvoie les intéressés et curieux à un super bouquin de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, qui explique de quelle manière les enfants font l'analogie (inconsciemment) entre les histoires des contes et le vie réelle.
N'étant pas un as de littérature et d'histoire je n'ai pas pu saisir toutes les références à la Chine, et la littérature qui s'y rapporte. Il devait sûrement y avoir des personnages archétypaux. En tout cas ceux présentés dans le roman sont spéciaux et utiles, il n'y a rien qui soit écrit au hasard. Et il y a encore bien des choses dont je ne parle pas qui méritent d'être décrites, mais je laisse ça dans l'ombre, je vais quand même pas faire tout le travail de lecteur. C'est un roman complexe, foisonnant d'idées et de détails, qui ne laissera pas l'intéressé de marbre.
Une lecture que je recommande chaudement au amateurs de SF, c'est pas tous les jours qu'on nous propose des romans nanotechnologiques compréhensibles et à visée socio-culturelle.
Les avis du Cercle :
1 note(s) de service:
Jolie conclusion ^^
Un roman que je vais recommander avec plaisir, très accessible malgré le technobabble de certains passages...
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